The Financial Times

SCQUE et Spéculation

SCQUE et Spéculation 900 506 Lobby Climatique Citoyen - CCL France

Par John Ploeg

Au début de 2020, le prix d’un permis SCEQE (système communautaire d’échange de quotas d’émission) se situait autour de 24 €. Mais une fois que les gouvernements européens ont commencé à mettre en oeuvre des mesures fortes pour faire face à la pandémie, le prix a brutalement chuté. À son point le plus bas, fin mars, le prix avait baissé d’environ 40%, à 14 €. Pourtant, à partir du début du mai, le prix s’est redressé tout aussi rapidement. En fait, à la mi-juillet, il touchait 30 €, soit environ 25% plus élevé qu’en janvier ! Aujourd’hui (fin août) il toujours autour de 29 €. Pourquoi ce brusque virage à la hausse ? Bien sûr, les mesures de confinement ont été assouplies, mais la demande est toujours limitée. Donc, comment justifier un prix plus élevé qu’avant la pandémie ?Dans un article récent, The Financial Times spécule que certains acteurs ont commencé prendre au sérieux les efforts en vue d’un « Green Deal ». En ce moment même, la Commission Européenne analyse des options à propos du SCEQE et le secteur de l’aviation. Et elle prévoit de revoir le SCEQE lui-même avant la fin de 2021. Du coup, ce sont des entreprises industrielles qui ont décidé de <<stocker>> des permis lorsque leur prix est réduit ? Ce qui signifierait qu’elles arrivent à mieux comprendre les coûts futurs de leurs émissions ? Hélas, non. Toujours selon The FT, ceux qui achètent des permis SCEQE en ce moment sont des fonds spéculatifs. Ils parient que le prix augmentera encore plus dans les années à venir. Vous pourriez donc demander, s’ils font monter le prix des émissions, n’est-ce pas quand même de bonnes nouvelles ? Peut-être. Cependant il y a des raisons pour lesquelles on doit s’inquiéter. D’abord, comme on vient de voir, la spéculation mène souvent à la volatilité, ce qui rend le prix futur des émissions plus imprévisible. Même les investisseurs cités dans l’article admettent qu’ils ne peuvent pas prévoir à quelle hauteur le prix augmentera, ni à quelle vitesse. Cela rend la planification par les producteurs et les consommateurs plus difficiles. En conséquence, les acteurs pourraient agir trop lentement dans l’espoir que le prix baisse à nouveau, ou, en revanche, trop rapidement, ce qui entraînerait pour la société des coûts plus élevés que ceux qui sont justifiés. Deuxièmement, comme le suggère le point sur la volatilité, si le prix augmente trop vite, cela peut nuire aux producteurs et, en fin de compte, aux consommateurs et aux travailleurs. Si c’étaient les entreprises qui avaient fait grimper le prix en achetant des permis dans le cadre de stratégies à long terme, une partie des bénéfices de telles stratégies aurait probablement profité aux clients et aux ouvriers. En revanche, il s’agira plutôt de fonds spéculatifs qui profiteront d’une croissance continue du prix, effectivement au détriment des autres. Il est utile d’avoir un certaine nombre d’investisseurs sur le marché des permis afin qu’il y ait assez de liquidité. Or, la spéculation risque de créer trop de volatilité et de transférer des profits démesurés de l’économie « réelle » aux spéculateurs. Toutefois, avec un prix (ou un prix plancher) qui augmente régulièrement et de manière prévisible, ces risques seraient seraient considérablement réduits. Par ailleurs, un dividende carbone assureraient que la plupart des gains de la hausse du prix du carbone s’accumuleraient au profit des citoyens de manière équitable, plutôt qu’à une poignée de spéculateurs.

https://www.ft.com/content/a5ff89ec-323c-4fb8-85a1-9d0225ae3cdb

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